Retour sur le 90e congrès de l'IFLA (2/3) : catalogues, données ouvertes, données réutilisables

L'équipe Métadonnées -


Lire le billet précédent : 
Retour sur le 90e congrès de l'IFLA (1/3) : les bibliothèques, moteurs de transformation


Du 10 au 13 août, 3 191 professionnels issus de 111 pays et territoires se sont retrouvés à Busan, en République de Corée, pour le 90e congrès annuel de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (International Federation of Library Associations and Institutions - IFLA). Plus de 200 sessions ont permis d’observer les transformations en cours dans les bibliothèques, depuis les modèles bibliographiques jusqu’à l’intelligence artificielle, en passant par la cybersécurité et les nouvelles conditions d’accès aux données.

Parmi les questions qui ont traversé plusieurs sessions : comment exposer des données conçues historiquement dans des formats MARC tout en permettant leur exploitation comme données liées ? 

Vue de la Starfield Library, située dans le centre commercial COEX à Séoul, en Corée
La Starfield Library (Séoul, Corée)

Du catalogue-silo à la découvrabilité, de la donnée ouverte à la donnée réutilisable

Une notice n’est plus seulement destinée à un catalogue

La session « Future-ready data: transformative approaches to cataloguing » posait une question structurante : à quoi doivent ressembler les données bibliographiques si l’on veut qu’elles restent utilisables dans les environnements futurs ?

Les réponses présentées sont diverses. Certaines institutions mettent en œuvre BIBFRAME, d’autres développent des graphes de connaissances ou des architectures linked data, tandis que d’autres font évoluer leurs formats MARC afin d’y intégrer des modèles bibliographiques plus riches. Cette coexistence mérite d’être soulignée. Les données bibliographiques ne basculent pas d’un seul mouvement d’un « ancien » environnement vers un « nouveau ». Pendant une période probablement longue, formats MARC, modèles entité-relation, RDF, API, fichiers d’échange et graphes de connaissances continueront à cohabiter.

Dans ce contexte, l’interopérabilité n’est pas une fonctionnalité périphérique. Elle devient l’une des propriétés fondamentales d’une infrastructure de données. Pour une institution comme la BnF, la question consiste donc autant à faire évoluer le modèle des données qu’à maintenir les possibilités d’échange avec les multiples systèmes qui les consomment.

Intermarc NG et l’avenir des formats MARC

La Bibliothèque nationale de France était directement représentée dans les discussions sur l'évolution des normes. Lors de la session « A Standards Smorgasbord: Transforming through Standards », la BnF a présenté Intermarc NG, le format mis en œuvre avec le nouveau système de production de métadonnées Noemi, dans la perspective de l’évolution des formats MARC pour les adapter au nouvel environnement informationnel.

Intermarc NG permet en effet de représenter explicitement un modèle entité-relation conforme à IFLA LRM et aux règles françaises RDA-FR, tout en permettant une exposition en RDF sans perte d’information, et en conservant la plupart des caractéristiques et la structuration des formats MARC. Cette approche privilégie la continuité et, dans une certaine mesure, la rétrocompatibilité avec l’ancienne structuration des données. À partir des données entité-relation produites dans Noemi, la BnF peut continuer à fournir des formats traditionnels comme Intermarc et UNIMARC.

Il ouvre également la voie à plusieurs représentations et modes d'accès à un même contenu bibliographique selon les besoins : formats historiques pour certaines chaînes de traitement, représentations relationnelles ou RDF pour les environnements de données liées, et API pour les usages applicatifs.

Vers des données plus réutilisables

La session « Metadata for Open Knowledge: Pushing Boundaries, Transforming Access » rappelait que publier une ressource et la mettre librement à disposition ne suffit pas à la rendre réellement exploitable. Sa découvrabilité et sa capacité à être reliée à d’autres ressources reposent sur des métadonnées structurées, des identifiants pérennes, des vocabulaires contrôlés et des mécanismes permettant d’expliciter les relations entre entités. DOI, ORCID, ISNI, fichiers d’autorité, ontologies, linked open data et graphes de connaissances forment ainsi un continuum beaucoup plus large que la seule notice bibliographique.

Cette vision rejoint directement la logique d’exposition de données sur le Web : la valeur d’une donnée ne dépend pas uniquement de son accès technique. Elle dépend aussi de sa capacité à être interprétée, reliée, transformée et réutilisée sans perdre de son contexte. À cela s’ajoute désormais la question de la provenance : lorsque des données sont agrégées et retraitées automatiquement, identifier leur origine et les conditions de leur production devient essentiel pour construire des services fiables.


Lire le billet suivant :

→ Retour sur le 90e congrès de l'IFLA (3/3) : ouverture, sécurité et soutenabilité


Pour aller plus loin :

- Voir les enregistrements du WLIC 2026 sur YouTube ; 
- Consulter l’IFLA Repository pour les présentations, communications et posters ; 
- Retrouver le programme complet du WLIC 2026 ; 
- Consulter la documentation de la BnF sur Intermarc NG et la transition bibliographique.
 

Événements et rencontres